Tester ce qui compte vraiment : comment prioriser sa stratégie de tests
Dans presque tous les projets, la même phrase revient :
“On devrait tout tester.”
C’est rassurant.
C’est ambitieux.
Et c’est irréaliste.
On ne peut pas tout tester.
Pas avec des délais contraints.
Pas avec une roadmap qui avance.
Pas avec des équipes qui doivent livrer en continu.
La vraie question n’est pas combien tester.
La vraie question est :
Qu’est-ce qui mérite vraiment d’être sécurisé ?
L’erreur classique : tester par réflexe
Dans les équipes peu structurées côté QA, on observe souvent deux extrêmes :
- soit presque rien n’est testé,
- soit on empile des tests sans vraie stratégie.
Des tests e2e partout.
Des cas ultra détaillés sur des fonctionnalités secondaires.
Des scénarios “au cas où”.
Résultat :
- des suites longues et fragiles,
- des pipelines instables,
- une maintenance lourde,
- et une illusion de sécurité.
Tester sans priorisation ne sécurise pas.
Ça consomme.
La base : raisonner en risque
Prioriser sa stratégie de tests, c’est accepter une réalité simple :
Tous les bugs n’ont pas le même impact.
Une faute d’orthographe n’a pas le même poids qu’un paiement bloqué.
Un décalage visuel n’a pas le même impact qu’un calcul erroné.
La priorisation repose toujours sur deux axes :
- L’impact business si ça casse
- La probabilité que ça casse
Impact fort + probabilité forte = priorité maximale.
Impact faible + probabilité faible = priorité minimale.
C’est simple.
Mais rarement formalisé.
Sécuriser les parcours critiques
La première chose à tester systématiquement, ce sont les parcours critiques.
Ce sont les actions sans lesquelles le produit ne sert plus à rien :
- créer un compte,
- se connecter,
- payer,
- envoyer un document,
- valider une transaction,
- finaliser un dossier.
Si ces parcours tombent, la confiance tombe.
Ces parcours doivent être :
- testés fonctionnellement,
- couverts en non-régression,
- surveillés en production.
C’est là que l’effort doit se concentrer en premier.
Identifier les zones techniques à risque
La deuxième priorité, ce sont les zones fragiles.
Typiquement :
- intégrations avec des services tiers,
- logique métier complexe,
- règles de calcul,
- legacy difficile à maintenir,
- modules souvent modifiés.
Ce ne sont pas toujours les fonctionnalités les plus visibles,
mais ce sont souvent celles qui cassent.
Une bonne stratégie de tests protège ces zones en priorité.
Adapter le niveau de test au niveau de criticité
Tout ne mérite pas le même niveau de test.
Par exemple :
- un module critique peut nécessiter des tests unitaires + d’intégration + e2e,
- une fonctionnalité secondaire peut se contenter d’un test manuel ciblé,
- une micro-amélioration UI peut être validée en revue + test exploratoire.
Le niveau de test doit être proportionnel au risque.
Sinon, on gaspille de l’énergie.
L’automatisation : un outil de priorisation
Automatiser ne veut pas dire tout couvrir.
Automatiser doit servir à :
- sécuriser les parcours critiques,
- protéger les zones modifiées fréquemment,
- éviter les régressions répétitives.
Automatiser une fonctionnalité qui évolue tous les deux mois peut être inutile.
Automatiser une fonctionnalité déployée chaque semaine est stratégique.
L’automatisation est un choix d’investissement.
Pas une obligation morale.
La fausse sécurité de la couverture
La couverture de tests est souvent utilisée comme indicateur.
80 %. 90 %. 100 %.
Mais la vraie question est :
80 % de quoi ?
On peut avoir une couverture élevée sur des zones peu critiques
et laisser des trous majeurs sur les parcours stratégiques.
Une bonne stratégie ne cherche pas à maximiser un pourcentage.
Elle cherche à minimiser un risque.
Intégrer le produit dans la priorisation
La QA ne peut pas prioriser seule.
Le produit doit être impliqué pour répondre à une question clé :
Si cette fonctionnalité casse, que se passe-t-il ?
Perte de revenus ?
Irritation mineure ?
Blocage total ?
Sans cette vision business, la stratégie de tests devient technique, et donc partiellement aveugle.
Moins de tests inutiles, plus de valeur
Une stratégie de tests mature accepte de ne pas tout couvrir.
Elle choisit :
- où mettre de l’énergie,
- où accepter un risque faible,
- où renforcer la sécurité.
Tester ce qui compte vraiment,
c’est libérer du temps pour mieux sécuriser l’essentiel.
Conclusion
On ne teste pas pour cocher des cases.
On teste pour protéger la valeur du produit.
Une bonne stratégie de tests :
- part des parcours critiques,
- identifie les zones à risque,
- adapte le niveau d’effort,
- automatise intelligemment,
- et implique le produit dans les arbitrages.
Tout le reste est secondaire.
Vous avez un
produit en tête ?
Construisons-le ensemble.
